Une différence de degré

Février 2003
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De temps à autre, une nouvelle histoire à propos d’une autre espèce que la notre nous fait reconsidérer ce que signifie être un humain.

Début novembre, l’agence Reuters publie une nouvelle à propos d’un lion de mer d’âge moyen appelé Rio capable de réaliser un exercice de mémoire et d’identification d’objet qu’il n’avait pas effectué depuis dix ans, alors qu’il en avait appris des dizaines d’autres entre-temps.


Récemment, un lion de mer a surpris les hommes en faisant preuve d’une intelligence et une mémoire insoupçonnées. Je pense qu’il serait bien de le surprendre de la même manière.  Crédit photo : Jim Knowlton

Les chercheurs qui s’occupent de Rio avaient estimé qu’il était incapable de se souvenir de quelque chose datant d’il y a si longtemps et ils furent stupéfait par sa prouesse. La performance de Rio a conduit les scientifiques à réviser leurs jugement sur la mémoire à long terme – et peut être aussi sur l’intelligence – des animaux non-humains.

Une telle nouvelle nous incite toujours à nous poser des questions. D’une manière plus générale, elle nous rappelle que le monde qui nous entoure est sensible et que nous ne pouvons le remodeler sans l’affecter.

Un siècle et demi après Darwin, les hommes sont encore partagé sur la question de ce qui nous sépare des animaux : est-ce une histoire de degré ou de nature?

Après une vie d’exploration, à la fois sous la mer et sur tous les continents, je crois que ce qui relie entre eux les êtres vivants est plus important et plus général que ce qui les sépare. L’organisation taxonomique des espèces avec ses catégories bien organisées est une construction humaine après tout ; elle a pour objectif de nous rendre le monde plus compréhensible, mais elle révèle également beaucoup de chose sur nous. Comme Descartes, nous avons besoin de découper le monde en unités élémentaires que nous pouvons analyser.

Mais nous oublions souvent les liens qui unissent ces unités et qui leur donnent un sens.

Il est bien entendu dangereux de pratiquer l’antropomorphisme à propos des espèces non humaines. Les animaux ont une organisation génétique et physiologique et un degré d’individualité que nous n’avons pas encore complètement décrypté. Il serait hasardeux de tirer des conclusions sur les societés humaines en se référant à eux. Et nous ne devons pas appliquer les valeurs humaines à leurs comportements.

Pourtant, il y a bien une similitude indéniable, bien que difficile à cerner entre les hommes et les autres espèces. Le celèbre biologiste de Harvard, E.O. Wilson est celui qui l’a le mieux formulé dans sa théorie du biophilia : notre tendance innée à nous concentrer sur la nature. Nous avons récemment évolué dans la nature et, selon cette théorie, quelquechose d’essentiel à notre humanité exige que nous maintenions une relation intime avec la nature. Nous nous distinguons des autres membres de ce monde uniquement par une différence de degré. Nous ne les comprenons sans doute pas complètement, mais nous pouvons accepter leur présence et avons besoin d’eux pour survivre.

Aujourd’hui, le problème est que cette tendance est peu à peu remplacée par une autre, plus technologique et basée sur la notion de supériorité des hommes. Alors que le monde qui nous entoure devient plus artificiel, notre attention se focalise sur ce qui est fabriqué par l’homme au détriment de ce qui est naturel.  continued

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