Marée de promesses et état de crise pour un « océan au bord du gouffre »

Juin 2003
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« Chaque homme qui apprécie la majesté et la beauté de la nature et de la vie sauvage devrait serrer la main des hommes clairvoyants qui souhaitent préserver nos ressources- toutes les créatures vivantes, des forêts jusqu’aux rivages marins – d’une destruction inconsidérée. Nous devrions surtout reconnaître que tous les efforts dans ce sens sont fondamentalement démocratiques. Mais cet objectif ne sera atteint que lorsque des lois sages seront instaurées et mises en application. «

Président Théodore Roosevelt, 1903


Les eaux limpides des Rock Islands, à Palau.
Dans la série récente de mesures proposée par les Etats-Unis, on trouve des propositions de ce que nous – que ce soit en tant que gouvernement ou en tant que simple citoyen – pouvons faire pour sauver nos océans.  Crédit photo : Tom Ordway, Ocean Futures Society

Telles des rivières en crues se déversant dans un grand fleuve, des forums, des publications de chercheurs sur l’état critique des océans et de nouvelles propositions pour sauver les milieux marins ont fait récemment leur apparition sur la scène mondiale. Dans cette marée d’informations, on trouve aussi bien des promesses de ce que nous – que ce soit en tant que gouvernement ou en tant que simple citoyen – allons faire pour sauver les océans que des propos alarmants sur la crise inévitable qui nous attend si nous ne faisons rien.

Les décisions que nous allons prendre influerons non seulement sur le sort de la vie sauvage dans les océans, mais aussi sur celui de l’humanité. Les conclusions présentées par ces divers rapports confirment les pertes dramatiques qui ont lieu quotidiennement dans l’océan et les rivières de notre planète. Mais c’est la convergence de ces déclarations - provenant pourtant de sources multiples et indépendantes les unes des autres - et l’ampleur des propositions faites pour préserver et protéger nos ressources aquatiques qui m’ont frappées.

Jamais je n’avais ressenti une telle unité dans les propos tenus. Nous reconnaissons véritablement qu’une crise majeure secoue l’environnement océanique. Mais je sens une réelle détermination pour résoudre cette crise et un changement radical de comportement afin d’éviter une destruction définitive. Des agences gouvernementales, des leaders d’opinion indépendants, des scientifiques, des ONG, des institutions à but éducatif travaillent ensemble dans une atmosphère de coopération sans précédent afin de contrer la menace d’un « océan au bord du gouffre ».

Pour ceux d’entre nous qui - comme à Ocean Futures - ont pour mission de transmettre le message « protégez les océans, c’est se protéger soi-même », ce phénomène est surprenant et incroyable. Qu’est-ce qui a pu déclencher cette nouvelle énergie et ce sentiment d’urgence ? Des faits irréfutables et des solutions réalisables.

Tout d’abord, nous avons reçu la publication parue dans le magazine Nature indiquant que la disparition des grands poissons prédateurs a atteint un niveau bien plus grave que ce que l’on pensait. Selon une étude de l’université de Dalhousie, en Nouvelle-Ecosse au Canada, seul 10 % des requins, marlins, espadons et thons qui peuplaient les océans subsistent aujourd’hui. Des pêcheries entières comme celles de la morue sont en faillite complète.

Ransom Myers, de l’université de Dalhousie, affirme que l’ampleur de cette disparition n’a pas été détectée car la pêche industrielle a commencé bien avant que les scientifiques ne fassent des estimations précises des populations de poissons. Un rapport postérieur à cette étude établi par le WWF (Fonds Mondial pour la Nature) à l’occasion de la réunion de la Commission Baleinière donne aussi des statistiques inquiétantes. Cette étude réalisée par des biologistes américains et écossais évalue à un millier par jour le nombre de dauphins, baleines et marsouins qui se noient dans des filets de pêches où ils se font prendre accidentellement. L’estimation des chercheurs réalisée pour la première fois à un niveau mondial indique que 308 000 mammifères marins périssent chaque année à la suite de ces sinistres accidents.

« Il y avait une immense réserve naturelle sous l’eau et elle a maintenant disparu » dit Myers. Sa conclusion est simple et claire : « je pense que nous devons pêcher beaucoup moins ».

Quelques jours après la parution de son article dans la presse, le rapport de la Comission Pew pour les Océans attendu depuis longtemps a enfin été publié. De plus, la grande conférence Defying Ocean's End (Lutter pour l’Océan), sponsorisée par Conservation International, et regroupant des ONG, des scientifiques et des institutions environnementales s’est tenue à Los Cabos, au Mexique. Elle avait pour objectif de trouver des solutions qui permettent d’inverser le phénomène de dégradation de l’état des océans.  continué

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