« Voyage à Kure », la découverte du paradoxe au paradis

Août 2003
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Un double arc-en-ciel sur East Island, French Frigate Shoal, îles du nord-ouest d’Hawaï. Cet archipel de plus de 2 000 Km de long est l’une des régions les plus isolées de la planète. Nous y avons découvert un écosystème remarquable encore largement préservé de l’impact des hommes et pourtant affecté plus que l’on peut l’imaginer par le monde moderne.  Crédit photo : Tom Ordway, Ocean Futures Society

Depuis plus de quarante ans que j’explore les océans du monde, j’ai appris à m’attendre à l’inattendu à chaque expédition. Notre « Voyage à Kure » a encore une fois confirmé qu’il était possible d’être surpris. Cela a réellement été la découverte du paradoxe au paradis.

Les îles du nord-ouest d’Hawaï, qui forment un archipel de plus de 2 000 Km de long, sont une des régions les plus isolées de la planète. Nous y avons découvert un écosystème remarquable encore largement préservé de l’impact des hommes et pourtant beaucoup plus touché par le monde moderne que l’on aurait pu l’imaginer. Nous avons étudié et filmé un univers florissant par de nombreux aspects mais en équilibre fragile, sa biodiversité exceptionnelle étant menacée de façon alarmante.

Les récifs des îles du nord-ouest d’Hawaï qui s’étendent devant nous vivent dans un environnement hostile. Ce sont les récifs situés le plus au nord de la planète où les conditions sont plus tempérées que celles des tropiques où vivent généralement les coraux. La plus légère modification de température pourrait avoir des conséquences très importantes sur ces récifs « extrêmes ». Des conditions météorologiques imprévisibles maintiennent cette citée de corail en état de siège.

Sur terre, l’histoire est la même. Ces îles sont uniques par leur isolement, et les organismes qui s’engagent à les protéger – le Département américain des Pêches et de la Nature, le Département de l’Etat d’Hawaï des Terres et Ressources Naturelles - font de leur mieux pour sauvegarder ces trésors naturels. Afin d’éviter l’introduction d’espèces nouvelles – du microbe jusqu’aux plantes et insectes étrangers – notre équipe a dû utiliser une nouvelle tenue non contaminée pour chaque séjour dans l’île de Laysan et les atolls de Pearl, Hermes et Mokumanamana. Les vêtements devaient êtres congelés pendant 48 heures afin de tuer les « envahisseurs » éventuels et n’étaient ensuite portés que sur une seule île. Ces précautions, qui dans l’esprit de beaucoup de gens sont réservées à l’hôpital et à l’envoi de matériel dans l’espace, étaient nécessaires pour protéger l’un des derniers écosystèmes préservés contre une destruction définitive.

Les îles du nord-ouest d’Hawaï sont en bonne santé mais menacées. Leur principal ennemi est représenté par les produits industriels. Nous avons découvert une région fragile où il était temps d’agir pour corriger la négligence habituelle des hommes. Mais il n’est pas trop tard.

D’abord, les bonnes nouvelles. Le long de cet archipel qui forme un ruban de vie dans l’océan, nous avons vu des dauphins à long bec et des grands prédateurs comme les requins de récif et les carangues. Nous avons observé de nombreuses espèces endémiques de poissons de récif, dont le très rare poisson ange masqué et le mérou d’Hawaï : tous témoignent d’un écosystème corallien intact.

Les rares phoques moines, qui ont vu leurs populations diminuer jusqu’à atteindre moins de 1500 individus, ont été nos compagnons tout au long de nos plongées, approchant les plongeurs avec curiosité, jouant autour du bateau et se reposant au soleil sur les plages.

Notre équipe étonnée que ces poissons et mammifères ne manifestent aucune peur des hommes. Ayant très peu de contact avec les humains et vivant dans un refuge naturel, ils ne savent pas craindre l’homme. Cette confiance naturelle, née de l’ignorance de ce qui se passe ailleurs, a représenté pour nous un répit. S’il n’y avait pas les mesures de protection nationales et fédérales et le travail formidable des autorités pourtant assez dépourvues de moyens, l’industrie de la pêche pourrait faire des ravages au sein de ces populations marines en quelques semaines. Cette pensée est effrayante pour nous qui avons eu le privilège d’observer ces créatures magnifiques.

Les oiseaux de mer vivent par millions sur ces îles : l’albatros de Laysan, l’albatros à pieds-noirs et la sterne fuligineuse. Comme les autres habitants de ces îles, ils ignorent la peur. Ils se perchent sur nos têtes, nos caméras ou nos épaules, partout où ils peuvent ! Mais ces oiseaux sont en péril.  continued

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