Août 2003
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Nous devons affronter de mauvaises nouvelles. Beaucoup d’entre vous qui avez suivi les
nouvelles de l’expédition sur le site Web ou qui avez lu nos rapports ont pu constater
les scènes choquantes que nous avons affrontées sur les plages ou le récif ; Des centaines
d’oiseaux, surtout des albatros, gisent morts sur les plages et l’on aperçoit dans leurs
corps décomposés une multitude de déchets en plastique. Presque toutes les îles que nous
avons explorées présentent des plages couvertes de détritus, déchets de la société humaine
provenant d’endroits situés souvent à des milliers de kilomètres de là : briquets en
plastique, balles de golf, brosses à dents, jouets et flotteurs de pêche par exemple.


Briquets jetables et jouets en plastique
ramassés par notre équipe. Ces déchets venus des quatre coins du monde ont été avalés
par des albatros avant de finir sur une plage des îles du nord-ouest d’Hawaï. La
« citoyenneté » de cette pollution et les solutions que nous devons trouver nous
concernent tous. Crédit photo : Tom Ordway, Ocean Futures Society
|
Bien que les îles du nord-ouest d’Hawaï soient en grande partie inhabitées, cette région
du Pacifique Nord est une zone de convergence des courants et se comporte comme une
« autoroute » de la pollution pour tout le pacifique Nord, apportant sur ces rives des
déchets flottants. Ces débris en plastique sont couverts d’œufs de poissons et les oiseaux
de mer les avalent alors qu’ils cherchent de la nourriture pour leurs poussins. Ils
régurgitent dans le bec de leurs poussins ce cocktail mortel de nourriture et de plastique.
Ces oiseaux sont incapables de digérer le plastique, et ce menu absorbé au cours de leurs
six premiers mois entraîne parfois la famine et la mort des poussins ;
Nous avons récolté et filmé des centaines de produits en plastique parmi ceux qui
s’échouent dans les îles du nord-ouest d’Hawaï. Ils proviennent du monde entier – les USA,
le Japon, la France, les pays d’Asie et d’autres régions du monde. La pollution n’a pas de
nationalité. Nous ne pouvons accuser un pays ou une culture. Cette pollution nous
interpelle tous et c’est à nous de trouver une réponse à ce problème et de trouver un
traitement pour les produits non biodégradables qui menacent tous les maillons de cette
chaîne alimentaire fragile.
J’ai de l’espoir. Quand les photos que nous avons prises sur ces plages ont été publiées
dans les médias du monde, notre bureau de Ocean Futures Society en Californie, a reçu des
centaines d’emails écrit par des personnes en colère, souvent originaires d’Hawaï, qui
souhaitaient aider à nettoyer ces plages souillées. Je tiens à tous vous remercier pour
votre engagement et la manifestation de votre soutien. Notre objectif est de revenir sur
place avec une grande équipe de volontaires pour nettoyer l’île de Laysan afin d’établir
enfin combien de temps il faudra pour que ces déchets s’accumulent à nouveau. Nous devons
obtenir l’approbation des différentes agences gouvernementales qui gèrent la protection des
îles du nord-ouest d’Hawaï et cela prendra du temps. Mais nous vous tiendrons informés.
Les ravages que nous avons constatés ne se limitaient pas à la pollution par le
plastique ; des centaines de tonnes de filets de pêche s’accrochent au récif brisant les
coraux et capturant de nombreux animaux marins dont des tortues de mer, des phoques moines
et des oiseaux de mer. Les efforts de la NOAA pour récupérer ces filets n’arrivent pas à
compenser leur arrivée. Nos plongeurs ont aidé à récupérer un filet découvert en
profondeur, mais je vous assure que c’est une tâche difficile et exténuante car il faut
décrocher les mailles qui sont emmêlées dans les branches des coraux.
D’autres menaces encore pèsent sur les îles du nord-ouest d’Hawaï. Les autorités
estiment que 4 500 albatros à pieds-noirs périssent chaque année dans la région victimes
des pêcheries à la palangre.
Alors que nous étions impressionnés par l’immensité des îles du nord-ouest d’Hawaï et
l’ampleur des défis auxquels elles doivent faire face, nous étions soutenus chaque jour par
de petites aventures qui nous remontaient le moral. Un phoque moine, portant une marque
numérotée #30, nous a accueilli trois nuits de suite au cours de nos plongées (voir
Log 23, 27/7/03). La famille Bodeen qui
vit sur l’île de Midway dans un cadre que nous avons pour la plupart du mal à imaginer,
est devenue notre amie (voir
Log 21, 25/7/03). Et il y a eu
bien sûr Lanai, l’albatros de Laysan devenu notre mascotte qui a réchauffé nos cœurs. Ce
jeune oiseau blessé a rejoint notre navire et nous l’avons emmené à Honolulu dans un parc
animalier de réhabilitation où il deviendra un ambassadeur pour toutes les espèces qui
vivent aux îles du nord-ouest d’Hawaï.
Pourquoi ces histoires nous ont-elles tellement marqués ? L’équipe s’est en fait
impliquée au-delà de la réalisation d’un film et d’une étude scientifique. Ces 23 personnes
originaires de quatre pays étaient réunies par un objectif commun – explorer cet endroit
unique et rendre compte au monde des découvertes qu’elles ont eu le privilège de faire. En
5 semaines à bord du Searcher, nous avons tous fait les compromis inévitables
nécessaires dans un espace restreint pour que vivre et travailler soit un plaisir.

Un Noddi brun, l’une des espèce d’oiseau de mer qui vit
sur les îles du nord-ouest d’Hawaï. Ce que nous avons vu et filmé pendant 5 semaines
nous a prouvé que cet équilibre était menacé, mais non condamné. Son sort dépend
maintenant de chacun d’entre nous et de la volonté collective de protéger l’une des
régions les plus isolées et les plus belles de la planète. Crédit photo : Tom
Ordway, Ocean Futures Society
|
Une équipe même très bien dirigée n’est pas efficace si ses membres ne sont pas
entraînés, préparés et motivés par l’esprit de la découverte. Je suis très fière de cette
équipe formidable et de chacun de ses membres à qui j’exprime ma gratitude et mon estime.
Les statistiques racontent aussi une part importante de l’histoire. Nous avons réalisé
269 plongées qui représentent 17 208 minutes sous l’eau. Nous avons tourné 287 heures de
film sous-marin ce qui est équivalent à un plongeur sous l’eau pendant 12 jours.
Seule la technologie dont nous disposons aujourd’hui autorise la réalisation de ce
documentaire en 5 semaines. Ces merveilles de la technique étaient du domaine du rêve pour
mon père lorsque j’étais un enfant.
Les îles du nord-ouest d’Hawaï resteront toujours un endroit à part pour notre équipe et
j’espère que ce documentaire, Voyage à Kure, permettra que le public du monde entier
soit sensibilisé à la nécessité de les protéger. Nous avons besoin d’un plan de gestion
pour l’ensemble des îles du nord-ouest d’Hawaï et nous devons insister pour que leur statut
de simple réserve corallienne soit élevé à celui de sanctuaire marin national et qu’elles
soient intégrées dans les régions protégées par le Service des Pêches et de la Nature
américain.
Il est également très important d’obtenir des fonds pour la recherche et de soutenir le
travail des hommes et femmes du Service des Pêches et de la Nature qui se consacrent à la
protection des îles du nord-ouest d’Hawaï. Nous devons les aider car des menaces
importantes – la pêche illégale, l’introduction d’espèces étrangères, la pollution – pèsent
sur la région.
Quand nous avons embarqué pour cette expédition, nos amis polynésiens nous ont parlé de
l’ancienne philosophie du Malama : il faut prendre soin de la terre et de la mer
pour assurer un équilibre entre toutes les formes de vie. Ce que nous avons vu et filmé
pendant 5 semaines nous a prouvé que cet équilibre était menacé, mais non condamné. Son
sort dépend maintenant de chacun d’entre nous et de la volonté collective de protéger
l’une des régions les plus isolées et les plus belles de la planète.


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