Septembre 2003
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Les albatros et autres oiseaux de mer sont de
plus en plus menacés par les déchets en mer. Crédit photo : Holly
Lohuis, Ocean Futures Society
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À mes pieds s’étend un amas de plumes, d’os et de déchets en plastique. C’est tout ce qui reste de
ce qui fut un jour un albatros, l’un des oiseaux les plus magnifiques du monde, dont la rencontre en
mer est toujours un moment intense. Il est aujourd’hui réduit à cette simple carcasse gisant parmi ses
camarades sur la plage.
Je me trouvais alors dans les îles du nord-ouest d’Hawaï, à des milliers de kilomètres de la ville la
plus proche, en train de marcher parmi la nature en ruine, blessée ou tuée par les produits quotidiens
des hommes. J’aurais aimé pleurer la perte de l’albatros, mais au milieu de tant de destruction et de
pourriture, je ne savais même pas où commencer.
C’est à ce moment-là, au cours des derniers jours de notre expédition alors que je pénétrais au cœur du
monde de l’albatros, que j’ai entendu parler des événements qui se déroulaient au sud de l’océan Pacifique,
bien loin de là et pourtant liés d’une manière éclatante. Un palangrier uruguayen, le Viarsa 1 a été
découvert alors qu’il pêchait illégalement des légines australes dans les eaux australiennes. Un bateau de
patrouille australien, le Southern Supporter, le prit en chasse. Le Viarsa 1 pris la fuite
et pendant 20 jours, il navigua dans les eaux les plus dangereuses du monde avant de se laisser rattraper
à 2 000 miles nautiques à l’ouest de l’Afrique du Sud.
La capture de ce bateau a été saluée comme une bonne nouvelle pour l’albatros si souvent victime des
palangriers. Mais les restes qui gisent à mes pieds prouvent que la victoire de l’albatros est plus complexe,
plus décourageante. L’albatros est célèbre et reconnu pour sa capacité à aller très loin, chevauchant les
courants atmosphériques de ses ailes immenses dans une quête sans fin pour sa nourriture. Dans les mers du sud,
les albatros picorent fréquemment les appâts accrochés aux palangres avant que les hameçons n’aient eu le temps
de couler. L’augmentation spectaculaire et récente des pêcheries de légines australes – vendues sous le nom
de « perches de mer » – a décimé les populations d’albatros.
Les mesures de protection instaurées par la Commission pour la Conservation des Ressources Marines Vivantes
de l’Antarctique (CCAMLR) ne se sont pas révélées suffisantes pour sauver oiseaux et poissons. Les efforts de
la National Audubon Society, la Hawaï Longline Association, le US Western Pacific Regional
Fishery Management Council, le US National Marine Fisheries Service et autres organisations pour
utiliser des technologies de « dissuasion des oiseaux » afin d’éviter la capture accidentelle d’oiseaux sur
les palangres doivent être applaudis. Malheureusement, d’autres problèmes plus importants persistent.
La pêche illégale submerge l’industrie légale de pêche à la légine. Selon l’organisation de protection
Traffic, la moitié des légines australes vendues sur le marché a été pêchée illégalement. 90 % de ces
poissons sont destinés aux marchés japonais, américain et européen. De nombreux bateaux de pêche sont menés
par des entreprises espagnoles œuvrant sous pavillon de complaisance. Mais certains, comme le Viarsa 1,
proviennent de pays qui pratiquent légalement la pêche à la légine. Selon Traffic, ces gouvernements ont
peu de planification régionale et sont en retard en matière de législation. C’est le cas de l’Uruguay qui a vu
son exploitation de légines passer de 165 tonnes en 1997 à 5 000 tonnes en 2001.
En novembre dernier, la CCAMLR et la Convention sur le Commerce International d’Espèces en Danger (CITES)
ont coopéré pour trouver les moyens de préserver les légines. Parmi les 160 pays signataires de la CITES on
trouve certains des principaux exploitants de la légine. Selon les nouvelles directives, ils s’engagent à
renforcer les mesures de protection et à trouver des stratégies de coopération. C’est pourquoi la capture du
Viarsa 1 est tellement importante. Ce n’est peut-être pas aussi excitant que la poursuite du Bounty par
Bligh, mais c’est tout de même remarquable. Pensez à cela : pendant trois semaines, le Southern Supporter
a pourchassé le Viarsa 1 sur 7 000 Km de mer houleuse, traversant des tempêtes et évitant les icebergs.
Il a reçu le soutien de navires Sud africains et anglais et pendant la poursuite, les Etats-Unis ont annoncé
qu’ils fermeraient leurs ports aux importateurs de légines. En dépit de la demande de l’Uruguay de laisser le
Viarsa 1 entrer au Montevideo, la coalition improvisée est montée à bord et a saisi le navire qui a
ensuite été ramené en Australie où l’équipage sera condamné à des peines d’amendes et de prison ; le cargo
avait 85 tonnes de légines à bord évaluées à 2 millions de dollars au marché noir.
Le monde a pu être témoin à grande échelle de la coopération internationale au service de la préservation de
l’environnement. Bien sûr il y a d’autres bateaux en mer et le braconnage continue à augmenter. Mais l’action
courageuse des autorités australiennes vaut la peine d’être applaudie.
Pourtant, malgré ce succès dans les lointaines mers du sud, il est trop tôt pour clore le chapitre de la
protection de l’albatros. Les dangers qui menacent ces oiseaux magnifiques sont trop complexes et comme l’oiseau
lui-même, couvrent une région trop grande pour être facilement résolus.
continued
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