Une victoire pour les océans : la Justice américaine vient de prendre une décision à l’encontre de la Marine des Etats-Unis l’enjoignant à restreindre l’utilisation de ses sonars prouvés dangereux pour la vie marine.
COMMUNIQUE DE PRESSE
Contact: Daniel Hinerfeld ou Andrew Wetzler au (1) 323 934 69 00 – USA

Ocean Futures et son président Jean-Michel Cousteau ont participé directement à la campagne organisée par plusieurs organisations américaines de protection de l’environnement demandant une restriction à l’usage des sonars à basses fréquences (qui sont également utilisés par l’OTAN). Nous publions ci-dessous le Communiqué de presse publié par le NRDC – Natural Resources Defense Council à la suite de la décision de justice prononcée le 26 août 2003.

Des organisations de protection de l’environnement déclarent que cette mesure permet de protéger les baleines et autres espèces marines des effets dangereux des sonars.

San Francisco, le 26 août 2003 – Un juge fédéral a établi que le déploiement d’un nouveau système de sonar à haute intensité viole de nombreuses lois sur la protection de l’environnement et pourrait mettre en danger les baleines, marsouins et poissons. Dans son rapport de 73 pages, le juge Elizabeth Laporte a bloqué le déploiement mondial du système et ordonné à la marine de réduire les effets potentiellement dangereux sur la vie marine de son utilisation en négociant avec les organismes de protection qui avaient porté plainte.

Le système connu sous le nom de Surveillance Towed Array Sensor System Low Frequency Active Sonar ou LFA (Sonar à basses fréquences) émet des sons puissants à très basse fréquence afin de repérer des sous-marins à grande distance. Selon les études de la marine, le LFA génère des sons jusqu’à 140 décibels à plus de 480 Km de distance. De nombreux scientifiques estiment que de telles émissions de sons à aussi grande échelle dans l’océan pourraient avoir des effets dévastateurs sur des populations entières de baleines, marsouins et poissons. Lors des essais effectués au large de la côte californienne, le son émis par un seul système LFA a été détecté de l’autre côté du Pacifique nord.

« La décision de justice annoncée aujourd’hui représente un répit non seulement pour les baleines, marsouins et poissons mais aussi pour nous qui dépendons d’un océan en bonne santé pour notre survie, » déclare Joel Reynolds, avocat et directeur du projet sur la protection des mammifères marins au NRDC, principal plaignant et conseiller pour cette action. « Cette décision entérine le fait que la sécurité nationale et la protection de l’environnement sont tous les deux essentiels. Il reconnaît le fait qu’en temps de paix, même les militaires doivent se plier à nos lois sur l’environnement et il rejette le chèque en blanc qui aurait pu être donné à l’armée l’autorisant à utiliser le sonar LFA à peu près n’importe où dans le monde.

Dans son jugement ( http://www.cand.uscourts.gov/), le juge Laporte affirme que le permis délivré à la marine par le Service national des pêche et l’autorisant à utiliser les sonars LFA viole la loi sur la protection des mammifères marins (Marine Mammal Protection Act – MMPA), la loi sur les espèces en danger (Endangered Species Act – ESA) et la loi sur la politique environnementale (National Environmental Policy Act - NEPA). En effet, il n’évalue pas à leur juste valeur les précautions à prendre pour atténuer les risques pour les mammifères marins et les poissons.

Le juge Laporte affirme également que : « des espèces en danger, comme les baleines, les saumons ou les tortues de mer seront sur le passage des émissions dues au sonar. Il y a peu de place pour l’erreur sans menacer leur survie. Sans une injonction, l’environnement marin dans lequel vivent ces espèces sera affecté d’une façon irrémédiable. »

En octobre, à la demande des organisations de protection de l’environnement, le juge Laporte a prononcé une injonction temporaire pour restreindre l’utilisation des sonars LFA. L’injonction de ce jour ordonne à la Marine de négocier avec le NRDC et ses co-plaignants sur les termes d’une injonction permanente qui définirait où, quand et comment la marine peut utiliser ses sonars pour des essais ou des entraînements. L’injonction n’empêchera pas la marine d’utiliser ses systèmes sonars en tant de guerre ou en temps de « grande menace » tel défini par les militaires.

Les scientifiques ont été de plus en plus inquiets ces dernières années au sujet de la pollution sonore due aux systèmes sonars à haute intensité car on a prouvé qu’ils pouvaient blesser et même tuer les baleines et autres animaux marins.

L’échouage collectif de plusieurs espèces de baleines dans les Bahamas en mars 2000 et la disparition simultanée dans la région de toute la population de baleines à bec ont accentué ces inquiétudes. Une enquête fédérale a identifié la cause : l’essai par la Marine américaine d’un sonar actif à moyenne fréquence. En septembre, des échouages collectifs ont eu lieu aux îles Canaries à la suite de l’utilisation d’un sonar militaire et dans le Golfe de Californie probablement à la suite d’une étude acoustique géophysique qui a nécessité l’emploi de fusils à air comprimé très puissants.

Plus récemment, en Mai, plus d’une douzaine de marsouins communs ont été trouvés morts sur la plage près des îles San Juan juste après un essai de sonar dans le détroit de Haro. Les images vidéo montrent une troupe d’orques au premier plan ayant un comportement erratique alors que derrière se profile la silhouette du navire de la Marine américaine, le Shoup, en train d’émettre des sons puissants avec ses sonars. Des examens récents réalisés sur l’un de ces marsouins communs ont révélé qu’il portait des blessures importantes liées à un traumatisme acoustique.

« Les résultats scientifiques sont formels – des sonars actifs peuvent tuer les baleines, marsouins et poissons » déclare Naomi Rose, spécialiste des mammifères marins auprès de l’Humane Society aux Etats-Unis, l’un des co-plaignants. « La Marine doit trouver les moyens d’effectuer des tests et de s’entraîner avec des systèmes LFA qui ne présentent pas de danger pour la vie marine ».

« L’intérêt public est de minimiser le plus possible toute gêne ou blessure infligée aux espèces marines suite à une exposition aux émissions très puissantes et à très longue portée des sonars de la Marine » affirme le juge Laporte dans ses conclusions. « L’inquiétude du public s’est réveillée lorsque des échouages en masse de baleines ont eu lieu sur les plages à la suite d’une exposition aux sonars, comme ce fut le cas aux Bahamas en l’an 2000 ».

« La cour a bien statué que le permis autorisant le déploiement des systèmes LFA viole la loi fédérale » annonce Andrew Sabey, partenaire de la société internationale Morrison&Foerster qui représente les plaignants NRDC, l’Humane Society, la ligue pour la Protection des Coraux, la Société Internationale pour les Cétacés et Ocean Futures Society et son président Jean-Michel Cousteau.

« L’environnement marin est une ressource d’une valeur incalculable et que nous devons tous partager » déclare Jean-Michel Cousteau. « Je suis très content que le bon sens ait prévalu. La justice a effectué un pas important vers la protection d’une partie de notre environnement dont notre vie dépend. »

Daniel Hinerfeld
Natural Resources defense Council
6310 San Vicente Blvd. Suite 250
Los Angeles CA 90048
tel : 323 –934-6900
fax : 323 934 1210
www.nrdc.org

 



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